
Déjà trois
semaines que je m’essaye à changer de vie. Je suis
cloitré dans un petit appartement d’une de ces villes
canadiennes perdues au milieu de la nature.
Je me traine péniblement jusqu’à la cuisine et
je m’affale avec une délicatesse prodigieuse sur la
première chaise que j’aperçois. Depuis quelques
mois, chaque geste comme chaque pensée me demandent un
effort surhumain. J’ai longuement réfléchit
avant de finalement accepter le fait que je suis effectivement
morte. Il ne me reste uniquement que cette immondice qui me sert
d’enveloppe corporelle pour me rattacher à ce monde.
Tout ce qui me composait que ce soit âme ou esprit est bel et
bien envolé.
Ma sœur s’efforce, tant bien que mal, de me faire
éprouver un quelconque sentiment mais plus rien ne
m’atteint. Je suis déjà trop loin, il est
impossible de me rattraper. J’attends, pour le moment je ne
sais pas encore quoi. Mais j’attends.

Ma principale occupation, ces derniers temps, est de regarder
autour de moi et observer ces petits humains s’agiter pour un
bonheur qu’ils n’auront jamais. L’être
n’est autre qu’un éternel insatisfait.
C’est pour cela que nous pouvons, ni de près ni de
loin, nous rapprocher de l’extase. Tout n’est que
fiction. Les ressenties et les déductions que nous pouvons
faire ne nous servent en rien. Les liens ne sont faits que pour
être briser, les sentiments pour être anéantis
et les perceptions démenties.